Par Marc Dellière – Médecin consultant & formateur, Spécialiste stress, prévention & santé intégrative
Face à la recrudescence des troubles anxieux, du stress chronique et de la dépression, la lumière naturelle et la luminothérapie se révèlent des leviers thérapeutiques à la fois simples et puissants… et encore trop peu exploités.
Les soignants, souvent privés de soleil au cours de leurs longues gardes, en offrent un exemple frappant !
Une étude récente menée en Chine auprès de 787 infirmières de bloc opératoire, exposées à très peu de lumière naturelle, révèle des constats alarmants.
➤ "Elles présentent une détresse psychologique élevée, directement corrélée à leur faible exposition au soleil."
Par ailleurs, des facteurs aggravants, tels qu’un sommeil irrégulier ou des affections chroniques, amplifient ce phénomène.
➤ Ces résultats montrent combien le manque de lumière, combiné aux contraintes professionnelles, peut favoriser l’anxiété, la dépression… voire le burnout.

Mais pourquoi la lumière est essentielle ?
Les recherches en chronobiologie et en neurobiologie confirment que la lumière naturelle joue un rôle fondamental dans la régulation de nos rythmes circadiens. Or, lorsqu’elle se fait trop rare (notamment pour les soignants de nuit ou en milieux clos), le déséquilibre du cycle veille-sommeil favorise directement les troubles dépressifs et anxieux.
En effet :
- La désynchronisation de l’horloge interne, provoquée par un déficit lumineux, altère le cycle jour/nuit et nuit au bon fonctionnement cérébral.
- Les neurotransmetteurs clés de l’humeur, tels que la sérotonine (impliquée dans le sentiment de bien-être et la régulation de l’appétit) et la dopamine (associée à la motivation et à l’éveil), suivent des rythmes saisonniers et circadiens. En l’absence d’une exposition suffisante à la lumière, leur sécrétion peut être perturbée, exacerbant la fatigue mentale et émotionnelle.
- Enfin, certaines prédispositions génétiques (comme des variations sur le gène DRD4 ou sur celui codant la mélanopsine, photopigment sensible à la lumière bleue) moduleraient la sensibilité individuelle aux effets de la lumière et aux protocoles de luminothérapie.
Quel intérêt a la Luminothérapie (BLT) ?
BLT = Bright Light Therapy
La luminothérapie par lumière vive consiste à exposer les patients à une lumière artificielle blanche, d’intensité contrôlée (généralement entre 5 000 et 10 000 lux), imitant la lumière du jour.
Elle permet de :
- Réinitialiser l’horloge circadienne,
- Stimuler les neurotransmetteurs de l’humeur (sérotonine, dopamine),
- et de réguler le sommeil en freinant la sécrétion de mélatonine.
Indications validées par les études
- Trouble affectif saisonnier (TAS)
- Dépression non saisonnière (adjuvante ou alternative)
- Retard de phase du sommeil, insomnie chronique
- Fatigue liée au travail en horaires décalés
- Certaines formes de troubles cognitifs ou psychiatriques (en cours d’évaluation)
Lumière du jour (et thérapies lumineuses) à prescrire sans modération
La lumière ne se limite pas à un simple confort sensoriel... c'est un maître régulateur de notre biologie cérébrale, du sommeil à l’humeur, en passant par le système immunitaire et la motivation.
Pour optimiser la luminothérapie, il sera cependant essentiel d’adapter les protocoles à chaque patient, d’identifier les profils répondeurs (âge, mode de vie, génétique) et de mieux comprendre ses mécanismes d’action sur les systèmes cérébral, immunitaire et hormonal.
Pour les soignants privés de soleil, les travailleurs en horaires décalés ou les patients souffrant de dépression, restaurer une hygiène lumineuse adéquate (sorties quotidiennes en plein jour, lampes de luminothérapie, aménagement des lieux de travail) pourrait devenir aussi essentiel que l’alimentation équilibrée ou la pratique d’une activité physique régulière. In fine, reconnaître la puissance de la lumière, c’est élargir notre palette d’outils pour prévenir et traiter les troubles mentaux, au service d’un mieux-être durable.
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Sources scientifiques :
✍️ Association Between Sunlight Exposure and Mental Health: Evidence from a Special Population Without Sunlight in Work Jie Wang, Zhen Wei, Nan Yao, Caifeng Li, Long Sun Risk Manag Healthc Policy. 2023; 16: 1049–1057. Published online 2023 Jun 14. doi: 10.2147/RMHP.S420018
✍️ The Contribution of Environmental Science to Mental Health Research: A Scoping Review Michaela Roberts, Kathryn Colley, Margaret Currie, Antonia Eastwood, Kuang-Heng Li, Lisa M. Avery, Lindsay C. Beevers, Isobel Braithwaite, Martin Dallimer, Zoe G. Davies, Helen L. Fisher, Christopher J. Gidlow, Anjum Memon, Ian S. Mudway, Larissa A. Naylor, Stefan Reis, Pete Smith, Stephen A. Stansfeld, Stephanie Wilkie, Katherine N. Irvine Int J Environ Res Public Health. 2023 Apr; 20(7): 5278. Published online 2023 Mar 27. doi: 10.3390/ijerph20075278
✍️ Shankar A, Williams CT. The darkness and the light: diurnal rodent models for seasonal affective disorder. Dis Model Mech. 2021 Jan 26;14(1):dmm047217. doi: 10.1242/dmm.047217. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7859703/
✍️ Levitan RD. The chronobiology and neurobiology of winter seasonal affective disorder. Dialogues Clin Neurosci. 2007;9(3):315-24. doi: 10.31887/DCNS.2007.9.3/rlevitan. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC3202491/
✍️ Conseils et astuces contre la dépression saisonnière : nutrition et mode de vie https://www.le-guide-sante.org/actualites/medecine/depression-saisonniere-conseils-astuces-nutrition-sante